Julie Danlos, Contrôleuse Aérienne – Femmes d’Exception

By Categories: UncategorizedTags: Last Updated: 9 août 20230 CommentsViews: 608

Dans notre série de présentation de femmes d’exception, nous sommes ravis de vous présenter Julie Danlos. Toujours fascinée par les hauteurs et le fonctionnement aérien, Julie a suivi sa passion en se lançant dans une formation rigoureuse pour devenir contrôleuse aérienne.

Dans notre interview exclusive avec Julie, nous avons exploré comment sa passion l’a menée à son métier d’assurer la sécurité dans les cieux. 

Découvrez plus en détail le métier de Julie Danlos, son parcours et sa vision de sa profession.

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Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel en tant que contrôleuse aérienne ? Qu’est-ce qui vous a attiré vers ce domaine ?

J’ai découvert le métier de contrôleuse aérienne lorsque j’étais en classe de 5eme, lorsque je suis allée au CIO (centre d’information sur l’orientation) et que je croyais vouloir être pilote, jusqu’à ce qu’un article nommé « devenez contrôleur aérien » m’a conquise. J’ai donc orienté mes études en Scientifique, puis j’ai effectué une classe préparatoire au lycée Janson de Sailly à Paris. Ce qui m’a permis de passer le concours ICNA (ingénieur du contrôle de la navigation aérienne qui depuis est devenu MTCA = Master en Management et Contrôle du Trafic Aérien), formation en 3 ans à l’ENAC (Ecole Nationale de l’Aviation Civile) à Toulouse. En sortie de promotion, on choisit son premier lieu d’affectation, et étant bien classée j’ai pu choisir le Centre Régional de la Navigation aérienne Sud-Est, situé à Aix-en-Provence qui est très côté, même si on ne voit pas les avions comme les collègues qui travaillent dans une tour sur aéroport. Cela fait maintenant bientôt 21 ans que j’y exerce ma profession et je n’ai pas envie de changer.

Ce qui m’attirait dans ce métier, c’était l’aéronautique car mes deux parents étaient ingénieurs chez Dassault Aviation et j’avais donc déjà la passion des avions, mais également le côté adrénaline du métier. Pas de routine « métro boulot dodo » avec ses horaires décalés et j’avoue, le côté « c’est moi qui gère » voire « je contrôle tout » me plait ! Comment transformer un défaut qui peut être pathologique en super atout !

Qu’est-ce qu’une journée type en tant que contrôleuse aérienne ? Quelles sont vos principales responsabilités et tâches ?

Déjà il n’y a pas de journée type, puisque nous fonctionnons en travail d’équipe en horaires décalés donc on enchaîne les jours de travail. Par exemple, je peux enchainer : matin, jour, soirée, repos, repos, matin, jour, nuit, 4 jours de repos et ainsi de suite sur 12 jours réguliers. Pas de routine et d’inscription au yoga le lundi de 18h à 19h par exemple… Nos séances de travail durent 2h30 maximum puis une pause est obligatoire pour maintenir une attention constante

Concernant les responsabilités, c’est comme si l’espace aérien était décomposé en petites boîtes et chaque volume de boîte correspond à un secteur de contrôle. Nous tournons sur ces secteurs dans la zone de qualification à laquelle nous appartenons pour bien connaître les procédures, les détections et analyses de conflits entre nos flux majoritaires. Nous sommes en permanence dans l’anticipation et la prise de décision parce que je le répète souvent, on pourrait croire que tous ces plots radar que sont nos vols sont comme un jeu vidéo, mais on n’a qu’une seule vie ! Nous sommes responsables de la vie de milliers passagers simultanément, ceux des avions qui passent au même moment dans notre secteur attribué, mais heureusement nous n’y pensons pas sur l’instant, sinon ce serait paralysant !

Comment voyez-vous l’importance de votre rôle dans la sécurité et l’efficacité des opérations aériennes ? 

Elle est primordiale, sans vouloir nous envoyer de fleurs. Nous sommes les yeux du pilote, il a déposé un plan de vol avec une route aérienne mais après, il dépend entièrement du contrôle aérien. Nous lui devons la sécurité et disposons pour cela des caps pour l’orienter devant ou derrière un autre trafic convergent. Nous avons aussi des niveaux de vols différents pour le monter ou le descendre même s’il est en phase de croisière, des directes pour le raccourcir et ainsi accélérer le trafic. Nous devons également l’informer des conditions météorologiques, tout cela fait partie de nos tâches. Notre mission, c’est d’assurer la sécurité et la fluidité du trafic aérien, et il n’y a pas (encore !) de machine qui sait nous remplacer. Ronald Reagan avait investi beaucoup d’argent pour essayer d’évincer les contrôleurs de son pays mais ce fut un échec et nous sommes toujours là. Un pilote m’avait dit une fois qu’il pensait sincèrement que son métier disparaîtrait avant le notre.

Avez-vous déjà rencontré en tant que femme des difficultés dans votre parcours ? Si oui comment les avez-vous surmontées ?

C’est sûr que les femmes sont minoritaires dans ce métier mais c’est de moins en moins vrai et le salaire est le même pour une femme ou un homme dans notre milieu puisque nous sommes fonctionnaires, cela est suffisamment rare pour être mentionné. La seule chose qui m’a choquée un jour, c’était un journaliste du journal Le Monde très mécontent sur les grèves récurrentes des contrôleurs aériens. Il avait rédigé un article où il disait que le métier se féminisant de plus en plus, les contrôleurs accordent maintenant plus d’importance à aller chercher leurs enfants à l’école qu’à bien gérer le trafic aérien… Tellement sexiste, faux et injuste !

Sinon travailler la nuit lorsque l’on est enceinte de plus de 7 mois est complexe mais les équipes s’arrangent et je n’ai pas eu à le vivre, puisque j’étais détachée en horaires de bureau sur un projet pour un nouveau système pendant ma grossesse. Ce projet nommé 4Flight visait à supprimer les strips (bandelettes de papier représentant chacune un avion) pour un système entièrement électronique, où nos clairances (autorisations/ordres de contrôle) sont directement entrées sur les étiquettes des vols sur l’écran radar et avec de nouveaux outils de contrôle plus performants, c’est un peu mon 2ème bébé.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui envisagent de poursuivre une carrière en tant que contrôleur aérien ? Quelles compétences ou qualités sont essentielles pour réussir dans ce domaine ? 

La prépa a été pour moi un gros challenge, j’aimais les maths avant mais pas à ce niveau de sélection, et ma mère me rappelait que c’était souffrir deux années seulement pour en bénéficier tout le reste de ma vie, ce qui s’avéra être un bon conseil. J’avais assuré mes arrières en passant le concours d’Eurocontrol pour être contrôleur européen à Maastricht si jamais je n’avais pas le concours français. Ce qui peut être une piste car les tests de sélection n’ont rien à voir avec le programme de prépa scientifique et sont plus basés sur la logique et les tests psychomoteurs, plus fidèles aux capacités d’analyse, de synthèse et de décision, ce qui me paraît plus pertinent. 

Une amie contrôleuse se présente souvent en tant que tricoteuse de nuages, jolie métaphore d’un métier pourtant bien terre à terre et cartésien. Il faut clairement avoir l’esprit scientifique, avec de solides bases en anglais, la langue internationale de référence. Il est nécessaire également d’avoir une aisance avec les outils informatiques, une bonne résilience à ne pas respecter le cycle circadien (rythme biologique humain basé sur une journée active et un repos la nuit) et surtout, un sens aigu des responsabilités. De plus, les normes médicales d’aptitude sont drastiques, on ne peut pas par exemple être daltonien, il faut donc faire une visite médicale de vérification avant de trop se projeter.

Julie Danlos

Y a-t-il des moments difficiles dans votre travail qui peuvent générer du stress ? Comment gérez-vous la pression et maintenez-vous votre calme dans des situations critiques ?

En hiver, peu d’avions volent dans le ciel, c’est généralement plus tranquille. Mais l’été, le trafic aérien se densifie et donne lieu à des pointes de trafic qui font monter le rythme cardiaque de celui ou celle qui doit croiser tous ces avions dans un timbre-poste, car le ciel est tout petit. La France est le carrefour aérien de beaucoup de flux se croisant au-dessus de son territoire. On atteint vite les limites de la capacité humaine et c’est pour cela qu’en tant que passager vous avez sûrement déjà entendu au sol avant le départ le pilote vous annoncer qu’il avait subi un créneau (retard) dû aux régulations du contrôle aérien. Ce n’est pas par méchanceté mais bien au profit de la sécurité en soulageant les camarades qui vont avoir une trop forte demande sur un secteur dans lequel passe votre vol en vous faisant passer légèrement plus tard.

Autre moment, quand le vol est en l’air et qu’on ne peut plus l’arrêter, quand on sent la pointe arriver, qu’on va « prendre une charge » comme on dit dans le jargon, c’est grisant et stressant à la fois. Stressant parce qu’il faut être bon, efficace et méthodique, ne rien oublier comme conflits, prendre les bonnes décisions avec de courts laps de temps de réflexion. Car toute mauvaise gestion peut avoir de graves conséquences au point de vue de la sécurité, sans même penser à la collision fatale dont on a tous conscience. Mais aussi grisant parce que c’est hautement satisfaisant d’avoir démêlé les nœuds, bien géré sa séquence chargée et que tout soit rentré dans l’ordre.

Lorsque les avions volent vers leur destination sereinement, on se sent forcément fier. Les hormones du stress que représentent le cortisol et l’adrénaline nous rendent parfois un peu « accros » à ces situations excitantes mais l’être humain n’est pas fait pour en vivre trop souvent.

Avez-vous des moments particulièrement mémorables ou gratifiants dans votre carrière ou dans un tout autre contexte ?

Quand le trafic est tranquille voire monotone et que d’un seul coup ça bascule en urgence, parce qu’ un enfant à bord ou un sénior peut avoir une urgence médicale (on peut généraliser à tout passager même si les séniors qui sont plus victimes d’urgences médicales à bord) et que nous devons dérouter le vol pour que les services de santé le prennent en charge au sol au plus vite. Lorsque mon père, invité par le pilote dans le cockpit avait dit sur la fréquence de contrôle entendue de tous : « vous travaillez très peu, les contrôleurs aériens ! ». Quand une fois un vol s’est annoncé avec le train d’atterrissage bloqué et qu’il fallait prévoir un tapis de mousse sur la piste à l’arrivée à Toulon. Ou bien quand un pilote a annoncé un objet volant non identifié qui se rapprochait dangereusement de son appareil et en avait plusieurs fois le tour au-dessus de la mer Méditerranée dans les eaux internationales et qui est parti d’un coup aussitôt que le vol pénétrait enfin la zone de portée radar de l’Armée de l’air française (nos radars civils ne détectent que ceux qui veulent être vus, nous n’assurons pas la Défense de notre territoire).

Enfin, plus récemment, le jour de la mise en service du nouveau système 4Flight qui disait au revoir à notre ancien système devenu obsolète. Sinon comme moment gratifiant, je dirais que j’ai tellement toujours voulu faire ce métier que lorsque j’ai su que j’étais reçue au concours, c’était réellement un des plus beaux jours de ma vie.

FOREO est la première marque de beauté spécialisée dans les appareils de soin professionnels garantissant des soins rapides et efficaces. Comment trouvez-vous le temps avec votre travail pour prendre soin de vous ?

Entre travail et enfants, j’ai tendance à totalement délaisser les soins que je me prodiguais à l’époque de mon célibat. Même chose pour le sport ! On passe du temps avec les enfants et quand ils sont enfin couchés, on est trop fatigués. Alors je me résous à pratiquer le strict minimum comme nettoyer correctement la peau de son visage ou l’hydrater parfois mais adieu gommages, massages, traitements de fonds…

Quels sont vos rituels pour prendre soin de vous ? Avez-vous des astuces à nous partager ?

Puisque je manque de temps pour tout, je fais donc mes choix prioritaires. Par exemple, je m’accorde une micro-sieste (réveil et activité juste après le moment de l’endormissement, très réparatrice du manque de sommeil chronique dont je souffre). Cela peut être aussi un body scan guidé pour prendre conscience du temps présent ou me faire deux jours en montagne de ski de rando, ce qui est très ressourçant pour moi. Dans ma vie idéale, je méditerais beaucoup plus, pratiquerais régulièrement la cohérence cardiaque…, me papouillerais tous les soirs de produits de beauté, partirais plus souvent en week-end en amoureux avec mon mari, me lèverais plus tôt pour aller courir et débuter sa journée de façon plus dynamique… mais bien-sûr, il y a la vie idéale et la vie réelle

Il y a-t-il une femme ou le parcours d’une femme qui vous inspire au quotidien ? Qui est votre femme d’exception ?

Simone Veil et de façon plus générale, toutes les femmes qui à leur niveau font que les choses avancent

Le parcours de Julie Danlos, contrôleuse aérienne passionnée, nous rappelle l’importance de suivre sa passion et de poursuivre ses intérêts pour atteindre des objectifs professionnels gratifiants. Julie nous a démontré le professionnalisme et l’expertise nécessaires pour exercer une fonction dans la sécurité aérienne. Nous vous donnons rendez-vous le mois prochain pour découvrir une nouvelle interview inspirante.

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About the Author: Cécile Maier

Après des années d'expérience dans le secteur de la beauté, de la parfumerie et du luxe, j'aime suivre les nouvelles tendances pour améliorer ma vie et mon bien-être au quotidien. Passionnée d'écriture, j'ai décidé de m'orienter dans la rédaction d'articles pour partager mes connaissances et mes découvertes qui peuvent servir au plus grand nombre. En travaillant pour la marque de Beauty Tech suédoise, j'ai la possibilité de rendre les femmes et les hommes plus confiants et c'est la meilleure des récompenses.
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